
Lors de la rencontre régulière du DFWK organisée le 22 octobre au Hopfinger Bräu, près de la porte de Brandebourg, 45 invités ont débattu des évolutions politiques en Allemagne et de leurs répercussions sur l’Europe. Autour de la question centrale « Les inquiétudes des voisins européens concernant l’Allemagne : justifiées ou non ? », trois journalistes de renom ont apporté leur point de vue :
- Cécile Boutelet, correspondante économique du journal « Le Monde », France
- Flaminia Bussotti, « Il Messaggero », Italie
- Adam Gorczewski, « Polskie Radio », Pologne

Populisme de droite et incertitude politique en Europe
Les récents résultats électoraux et la montée en puissance des forces populistes de droite en Allemagne sont suivis de près en France, en Italie et en Pologne. En France notamment, les développements politiques en Saxe-Anhalt ont suscité l’inquiétude d’une grande partie du lectorat. En Italie également, le renforcement des partis populistes de droite en Allemagne est perçu avec beaucoup d’attention et une certaine antipathie. Il ne s’agit pas seulement de majorités politiques, mais aussi de l’impact symbolique que de telles évolutions ont en Europe.
Du point de vue polonais, la complexité des relations avec l’Allemagne est apparue clairement : outre les réserves politiques et les courants pro-russes, les intérêts économiques marquent également ces relations. C’est ainsi que le Club économique polonais (PKB) a été fondé cette année à Berlin afin de renforcer la présence économique de la Pologne et de servir de plateforme de réseautage ainsi que de facilitateur pour les rachats d’entreprises allemandes. Parallèlement, de forts ressentiments de politique intérieure à l’égard de l’Allemagne persistent, ce qui complique une coopération plus étroite.

La puissance économique de l’Allemagne est déterminante pour l’Europe
Malgré toutes ces préoccupations, les participants au débat ont souligné le fort potentiel de l’Allemagne et son rôle central pour l’économie européenne. Flaminia Bussotti a insisté sur le fait qu’une économie allemande performante était également indispensable pour l’Italie – en particulier pour l’industrie manufacturière, qui dépend des commandes et des coopérations industrielles avec l’Allemagne. La coopération dans le secteur de la défense ainsi que les bonnes relations entre le chancelier fédéral Friedrich Merz et la présidente du Conseil Giorgia Meloni ont également été mises en avant comme des opportunités.
Cécile Boutelet a évoqué les multiples possibilités offertes par la coopération franco-allemande. Malgré les défis actuels dans l’industrie automobile et d’autres secteurs clés, il existe des projets économiques communs innovants ainsi que des start-ups et des coopérations prometteuses dans les secteurs stratégiques de l’aérospatiale et de l’armement. Une position commune vis-à-vis de la Chine et de nouvelles approches en matière de commerce européen pourraient également donner des impulsions importantes.

Stabilité politique et capacité d’action de l’Europe
Dans la perspective des prochaines élections dans plusieurs pays européens, la discussion a également porté sur la question de savoir comment l’Europe peut conserver sa capacité d’action dans une période d’incertitude politique. Des résultats électoraux incertains et des formations de coalition difficiles en Allemagne et en France comportent le risque d’un vide politique au cœur de l’Europe début 2027 – avec des conséquences possibles pour la politique commune de sécurité et la politique financière, ainsi que pour la stabilité de l’euro.
Les divergences de vues en matière de politique budgétaire, la politique agricole européenne et le débat sur le budget de l’UE ont également été abordés. Les participants ont convenu que la coopération européenne restait indispensable, notamment au vu des défis actuels.
Le Triangle de Weimar, dont on célèbre cette année le 35e anniversaire, offre un cadre important à cet égard. Parallèlement, l’intérêt croissant de la France pour la Pologne, en tant que partenaire dynamique et économiquement prometteur, a été souligné.

Plus de confiance comme condition préalable à un avenir commun
L’une des idées centrales de la soirée était que l’Allemagne ne devait pas seulement porter un regard critique sur ses problèmes, mais aussi mettre davantage en avant ses atouts et ses perspectives d’avenir. Cécile Boutelet a souligné à quel point il est important, notamment pour les jeunes, d’avoir une image positive de son propre pays. Flaminia Bussotti a également plaidé pour que l’on se concentre davantage sur le potentiel économique de l’Allemagne, plutôt que de se perdre dans une perception négative de soi.
La soirée a montré que les préoccupations des voisins européens doivent être prises très au sérieux. Dans le même temps, une Allemagne économiquement forte, politiquement stable et sûre d’elle-même reste une condition essentielle pour une Europe capable d’agir. Le dialogue ouvert, l’élimination des préjugés réciproques et une coopération plus étroite entre l’Allemagne, la France et la Pologne n’en sont que plus importants.
